Les syndicats au Bénin
Le syndicalisme au Bénin est étroitement lié aux péripéties politiques de ce pays, des indépendances à nos jours. Notre époque est celle d’un pluralisme syndical qui contraste violemment avec la situation connue pendant la période révolutionnaire qui a débuté avec le Coup d’Etat du 26 octobre 1972, ayant porté à la tête du pays le Commandant Mathieu Kérékou. Trente jours après l’accession au pouvoir du Gouvernement Militaire Révolutionnaire (GMR), un Discours-programme a été proclamé, imposant et matérialisant la fusion des forces au niveau de chacune des couches de la société béninoise de ce temps. Le monde des travailleurs n’a pas échappé à cette exigence.
Ainsi, un Front des Travailleurs du Dahomey (FTD) est mis en place pour déboucher, en novembre 1974, sur l’Union Nationale des Syndicats des Travailleurs du Dahomey (UNSTD), en tant que centrale syndicale unique. Elle est dirigée par Timothée Adanlin.
A la faveur du changement de nom de l’Etat, l’UNSTD se mue en UNSTB le 17 avril 1975.
La déconfiture du régime du parti unique à la fin des années 1980 débouche sur la Conférence Nationale des Forces Vives qui donne le ton de la libération de tous les types d’énergies au sein des franges de la société. Par conséquent, l’UNSTB ne vole pas en éclats mais connaît la désaffiliation d’un bon nombre de ses syndicats. Ceci aboutit, progressivement, à la constitution d’autres centrales syndicales. Depuis, le monde syndical béninois est périodiquement d’un mouvement qui montre sa vitalité dans une pluralité de sept centrales aujourd’hui: la Centrale des Syndicats Autonomes (CSA), la Confédération Générale des Travailleurs du Bénin (CGTB), la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin (CSTB), la Confédération des Organisations Syndicales Indépendantes (COSI), la Confédération des Syndicats Unis du Bénin (CSUB), la Centrale des Syndicats de Secteurs Privé et Informel du Bénin (CSPIB) et l’Union Nationale des Syndicats des Travailleurs du Bénin (UNSTB).
Si les regroupements syndicaux les plus influents sont la CSTB, la CSA, la CGTB et, entre autres, la COSI, du fait des derniers résultats des élections professionnelles d’octobre 2006, ils se font remarquer par la popularité parmi les travailleurs, la capacité de mobilisation et d’atteinte de revendications sensibles puis par le nombre de syndicats affiliés.
Il faut reconnaître que, peu de centrales syndicales, depuis leur existence, ont manifesté une réelle alternance à leur direction, si ce n’est au niveau, respectivement, de la COSI et de la CSA où José de Souza a passé la main à Georges Kakaï-Glèlè, de même que Guillaume Attigbé à Dieudonné Lokossou.
Par ailleurs, si le mouvement syndical béninois est particulier, cela relève de la difficulté du corps des enseignants à trouver une place dans l’une ou l’autre des centrales syndicales existantes. C’est ainsi que, malgré le refus répété de plusieurs gouvernements respectifs de reconnaître le fait, ils ont dû, confrontés à des mouvements d’un radicalisme délétère, accepter de négocier de façon autonome avec le Front des Syndicats des Trois Ordres d’Enseignement, afin de dégeler les crises. Cependant, en cas d’élections professionnelles, les enseignants se répartissent entre la COSI, la CSTB et la CGTB.
Le syndicat, au Bénin, compte dans la régulation de la vie au quotidien. Ceci n’empêche pas des leaders syndicaux de se trouver des capacités à exercer des rôles proches de la politique. De façon notoire, Pascal Todjinou, Secrétaire Général de la CGTB, s’est vu élire, respectivement Président de la Commission Electorale Départementale (CED) de l’Atlantique/Littoral pour les élections législatives de mars 2007 et Président de la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA) pour les élections municipales, communales et locales d’avril 2008. Dans les deux cas, il incarnait la société civile. Cependant, l’incursion du syndicat dans la politique s’est clairement manifestée ces derniers mois par l’érection de l’un des porte-parole du Front des Syndicats des Trois Ordres d’enseignement, Kohovi Hessou, au poste de Directeur Adjoint de Cabinet du Ministère de l’Enseignement Secondaire, de la Formation Technique et Professionnelle (MESFTP). Rejeté par ses pairs, il ne manque pas néanmoins de verve pour défendre les efforts du Gouvernement Yayi de satisfaire les revendications des enseignants ; il fait peut-être mieux vivre dans les bureaux climatisés de ministère que sur les pavés de la colère des travailleurs.
En outre, une seule centrale syndicale laisse entrevoir clairement l’affiliation à un parti politique : la CSTB pour le Parti Communiste du Bénin (PCB).
Dans ce pays discret logé entre le Togo et le Nigeria, le monde syndical est d’une redoutable vitalité pour tous les gouvernements qui se succèdent malgré le financement de ses activités par ceux-ci, à raison, depuis 1997, de trois cents (300) millions de francs CFA. |